Bienvenue !

Bienvenue dans l’atelier d’écriture !
Cet espace est le vôtre, le nôtre.
Il accueille nos envies d’écrire, d’êtres lus et de lire.
Il est là pour que nos plumes s’enthousiasment, se libèrent et volent sur le papier !
Je vous invite à déposer ici vos textes, ceux que vous avez envie de partager.
Les lecteurs que nous sommes tenteront toujours de rester bienveillants, attentifs et indulgents, mais jamais complaisants !
A vos plumes !

la maison dans l’île – Inès

La maison dans l’île ( deuxième version : les changements sont indiqués en italiques )

Elle est un corps pesant sous un ciel de craie. Ses vêtements fripés lui semblent incrustés dans sa peau moite. Le bitume mou du quai rend chacun de ses pas douloureux. Odeur du fuel chaud qui donne la nausée. Presque invisible entre les cargos et les ferries, le dolphin est à quai, se balançant doucement dans un clapotis régulier.

Monter à bord, frôler les vagues sur l’aile du dauphin, délier le noeud qui lui tord le ventre depuis des semaines ,( oublier le noeud qui lui tord l’estomac ) oublier ( effacer ) l’appartement vide,  encore plein des  pas, des paroles, de l’odeur de l’absent, guetter les sinuosités bleues de la côte, les cubes blancs des maisons tremblotant dans la brume. L’île l’attend et l’amie lumineuse et attentive.Soudain plus légère, ( apaisée ) elle sait. L’arrivée au port au milieu des caïques aux couleurs vives, dans le tohu bohu des amis et parents venus accueillir leurs voyageurs mais elle ira seule vers la maison de la colline, elle l’a voulu , pour renouer avec les lieux familiers. Elle recherchera l’ombre des maisons, sentira l’odeur du sésame grillé des pains ( l’odeur des pains au sésame )tout juste sortis du four du boulanger, repèrera de loin le vert acidulé des herbes aromatiques rafraîchies régulièrement par Ianis l’épicier, verra débouler une troupe de chats pelés se disputant en feulant les déchets du poissonnier.Puis entre les pistachiers cachés derrière les murs blancs des ruelles, elle montera  vers la maison, la dernière du village.La barrière sera ouverte, elle traversera le minuscule jardin pentu, saluera au passage l’olivier, le jasmin et le bougainvillier et s’arrêtera un instant devant les murs épais aux volets bleus filtrant la lumière avec parcimonie. Dans l’ombre fraîche de la chambre monacale ( dans la chambre ) aux carreaux ocre, à demi étendue sur la banquette de ciment recouverte de coussins multicolores, l’amie sera là, écrivant comme chaque matin, attentive au silence habité par le bourdonnement continu des insectes, le ronronnement du moteur d’un bateau, le chant du coq du voisin. Sur la modeste table de bois peint l’attendront le verre d’eau fraîche et la soucoupe empli d’un gliko à la cerise accompagnant les mots de bienvenu.

Alors elles renoueront leur dialogue ( puis le dialogue reprendra ) jusque tard dans la nuit, mots chuchotés entre rires et larmes, complices et vrais (complicité et vérité ), halte bienfaisante .

Soudain sur le quai , un homme à la casquette galonnée lance un appel et c’est la bousculade.Enfants tirés de leurs poussettes repliées précipitamment,  dernières recommandations à ceux qui restent, lourds paquets que l’on passe de mains en mains, interpellations, signes d’au revoir…

Sur le pont, assise entre deux cordages, giflée par l’air vif et la vapeur fraîche et salée, elle contemple apaisée, le sillon d’écume qui s’élargit peu à peu pour disparaître dans l’eau sombre.

Lectures solitaires -Agnès

Louise poussa un cri.

Jusqu’à la dernière minute, elle avait espéré qu’un miracle la sauverait mais, maintenant, à onze heures du soir, neuf petites heures seulement la séparaient du cours fatidique. Rien ne pourrait plus l’empêcher de se produire.

Debout devant la table à repasser, elle tentait de ravaler son angoisse en appuyant rageusement sur les plis de ce chemisier qu’elle allait devoir endosser. Un chemisier et une affreuse jupe à plis, le tout formant un ensemble propret et classique, adapté à la circonstance. Elle détestait cette tenue comme elle détestait les raisons pour lesquelles elle allait la porter.

Déviant de sa trajectoire, le fer à repasser brûlant, venait de lui entamer l’index droit, celui précisément dont elle aurait besoin dans neuf petites heures. La douleur, autant que la rage, lui avaient arraché un cri. Louise ne se pardonnait pas de s’être embarquée dans pareille mésaventure.

Louise, ce qu’elle aimait, c’étaient les livres, le silence du papier. Elle aimait, sous le timide rayon d’une lampe discrète, dérouler les pages, dans la tranquillité de son petit fauteuil club en cuir noir, réfugiée dans un coin de cette pièce sombre de son appartement minuscule qu’elle avait transformée en bibliothèque. Elle aimait les auteurs, tous ses auteurs, ceux qu’elle avait choisis et ceux qui étaient venus à elle, leurs pensées subtiles et profondes déployées savamment dans une langue dont elle se délectait. Relisant avec appétit certaines phrases, elle riait seule et tout bas d’une tournure d’esprit dont elle admirait l’intelligence, soulignant quelquefois au crayon – pas au stylo, c’eût été sacrilège – des paragraphes entiers qu’elle apprenait par cœur. Elle se gorgeait de l’odeur de l’encre et du papier. Elle s’emplissait des mots qui peuplaient son âme, sa chambre et se cachaient quelquefois, lui semblait-il, jusqu’au fond de ses draps. Certaines nuits, elle se sentait glisser dans le sommeil en même temps qu’au milieu de la prose de ses auteurs aimés. Elle passait ces nuits là des heures exquises et se réveillait avide de reprendre ses lectures. Avec délice, elle se plongeait dans l’exercice de sa gourmandise solitaire. Dans la pâle lueur du jour naissant, le corps encore lourd d’une nuit peuplée de mots, tournant une page, elle revenait au monde dans un chuintement de papier.

Elle avait cependant fini par convenir que, pour une raison pragmatique et vulgaire, il fallait bien gagner sa vie. Ses lectures nourrissaient son âme mais ne payaient pas son loyer et son banquier ne semblait pas sensible à la richesse dont elle-même s’enivrait.

Elle ne connaissait rien d’autre que les livres. Elle s’était résignée à transmettre leurs mystères. Bardée de ses diplômes et armée d’un titre de professeur, dans neuf petites heures, elle allait devoir, d’une craie blanche saisie entre son pouce et son index meurtri, tracer sur un tableau noir les lettres, les mots et les phrases qu’elle aurait aimé garder pour elle seule dans cette pièce sombre de son appartement minuscule.

Le muguet – Agnès

Le muguet - Agnès dans Agnes lemuguetoptimis 
photo : Izis – Place victor Basch – 1950

Voilà que j’ai réussi à me faire enrôler pour la vente du muguet. Je n’avais aucune intention de me farcir cette corvée.

Je comptais aller jouer aux billes avec Lucien, sous le hangar, derrière la voie de chemin de fer. Enfin, jouer aux billes, avec Lucien on dit qu’on va jouer aux billes mais en vérité on donne rancart à Armande et sa cousine, la rousse, et on essaie de leur soutirer des baisers, ou plus si affinités. L’autre jour, Lucien, qui fait son joli cœur avec Armande, a failli l’embrasser sur la bouche. Elle gloussait comme une poule et elle était tellement agitée qu’il a atterri sur la joue … pas de bol ! Pendant ce temps, j’ai réussi à mettre ma main sur le corsage de la cousine, pas très loin du cœur. Elle s’est mise à rougir, elle a plus bougé et m’a regardé comme si elle allait me dévorer. J’ai tourné les talons et dit que ma mère m’attendait. Je savais plus où j’en étais, je me sentais tout drôle, un peu mou, avec l’envie d’y retourner mais pas le courage de le faire. Sur mon vélo, j’ai pédalé comme un fou pour penser à autre chose mais y’avait dans mon ventre comme un vide et une grande chaleur qui me déménageait.

Alors aujourd’hui, 1er mai, Lucien m’attendait au tournant pour ainsi dire. Je sais qu’il était à 10h avec son vélo derrière le tournant près de l’église et que je ne pouvais pas me défiler. Il va me prendre pour un dégonflé alors que j’étais prêt à reprendre mon histoire là où je l’avais laissée. Quitte à me faire dévorer, autant que ce soit par une rousse. Faut savoir affronter le danger quand on est un homme. D’autant qu’Armande et sa copine, pour jouer aux billes, elles ont de la suite dans les idées.

Mais ce matin, quand j’ai vu Maman, avec ses brins de muguet, sa mine de travers et la pluie qui tombait dehors, j’ai pensé qu’être un homme c’était l’accompagner. Ca fait un moment que Papa et elle jouent plus aux billes, à mon idée. Sans dire un mot, il a chargé l’attirail dans sa 304, pendant que Maman ajustait son béret. Elle m’a rien dit, juste envoyé un pauvre sourire. Elle était dehors avec sa figure mouillée. On s’est installés sur la place, Papa est reparti dans sa 304. On est chacun dans nos pensées. Moi, c’est Sylvie la cousine. Maman médite de son côté. On fait pas vraiment une bonne équipe.

C’est bon pour des heures de rigolade, debout, transis sous nos parasols. Ce soir, Papa reviendra nous chercher et pourra remballer le muguet.

Amours perdues – Agnès

Le temps qui passe efface les souvenirs
Du temps passé où nous nous aimions fort.
Le temps qui passe émousse le désir
Que nous avions et toujours et encore.
Moi de ta peau, toi de mon corps,
Toi de ma bouche et moi de ton ardeur.
Toujours heureux, goutant à chaque instant,
Le temps béni de l’amour débutant.

Quand tu me regardais, je sentais ton échine
Vibrante et parcourue de frissons délicieux.
Quand je marchais je voyais dans tes yeux
Mon corps brûlé de ta flamme sanguine.
Tes gestes m’enchantaient, je me plongeais
Dans le spectacle de tes mains. Conquise,
Je devinais tes mots avant que tu ne les dises.
Ta bouche m’était adorée et exquise.

Moi je voulais vivre pour toi, danser pour toi,
Te célébrer sous le soleil flambant,
Me réchauffer par les matins d’hiver
À ton corps nu, soyeux et accueillant.
J’aurais couru sous la pluie froide et drue
Pour te cueillir des fleurs et tous les miels
Tous les nectars et tous les hydromels
Dans un écrin, tous les enchantements.

Quand je buvais l’eau à ta source,
Quand je croquais ton pain,
Rien ne semblait devoir ni prendre fin
Ni s’affadir et puis mourir enfin.
Tes yeux, ta bouche et ton parfum,
Tout m’enchantait, tu étais mon jardin.
De cette époque, il me reste aujourd’hui,
Dans mes albums, quelques photos vieillies. 

Toi, mon amour, tu deviens aujourd’hui
Un inconnu à mon cœur dégrisé.
Qu’a-t-il fallu et que s’est-il passé
Pour que s’éteignent les astres de nos nuits,
Tous les soleils de nos belles journées
Tous les lampions de nos fêtes passées ?
Tu es éteint, tu ne brilles plus à ma lumière.
Je ne joue plus de ton piano solaire.

Les miettes – Agnès

Mon amour,
J’ai acheté du pain doré,
Pour te voir le croquer,
Tranquillement, par un matin d’été,
Les cheveux nappés de lumière,
À peine réveillé,
Encore nimbé du mystère
De la nuit.

Mon amour,
Tu mangeras le pain doré,
Tu boiras le café fumant,
Je t’aimerai, terriblement.
Pour moi, le petit déjeuner
Sera de te voir manger
Le pain doré,
Dans la lumière.

Mon amour,
Je t’attends devant mon café
Déjà froid.
Je t’attends depuis des mois.
Mon pain doré est émietté
Tristement, sur la table.
Mécaniquement je l’ai mangé,
Sans appétit véritable.

Mon amour,
Pour toi, j’ai rapporté,
En plus du pain doré,
Des roses rouges, des marguerites et des violettes
Des coquelicots, des anémones et des pâquerettes
Un champ entier,
Des étoiles au firmament
Des papillons tourbillonnants …

Mon amour,
Pour toi la Terre entière,
Les astres et leurs mystères,
Au petit déjeuner
Avec ce pain doré.
A tes mains, à tes pieds.
Mon amour, pour toi,
Qui ne viendra pas.

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